Et si nous parlions de la communication non verbale ? #3

Si la communication est le moyen d’entrer en relation, la communication non verbale est le support physique de cette relation sans parole : elle se construit de silences, de gestes, de positions du corps, de postures passant par des attitudes faciales afin de compléter le message du langage oral. Elle permet de servir ou pas le message oral. Car si la communication non verbale peut appuyer les propos elle peut aussi les décrédibiliser lorsqu’il y a une discordance entre le code verbal et non verbal.

« Je suis tout à fait à l’aise, calme et je vous écoute » affirme un soignant alors que ses paroles sont trahies par ses yeux qui fulminent et la main sur la poignée de la porte de sortie signifiant par son attitude corporelle l’envie de quitter la pièce. Son regard ne cesse de traduire son agressivité et son corps trahit son envie de couper court à l’échange. L’observation et l’écoute de cette dissonance entre le langage verbal et le non verbal indiquent réellement le désir ou pas de la personne d’entrer dans une relation de communication. Il y a bien évidemment des situations plus subtiles de ce type de discordance entre les deux modes de communication à commencer par une absence totale de regard d’un des interlocuteurs signifiant par là le refus de communication.

Ces exemples insistent sur l’idée forte que pour évaluer une communication « réussie » il est nécessaire d’observer la dimension du non verbal car c’est elle qui est le baromètre d’un message bien entendu et intégré.
En plus d’affirmer à quel point les deux sont indissociables, il convient d’insister sur le contexte dans lequel se situe cette communication afin de prendre garde à ne pas interpréter à tort une parole, un geste isolément dans un espace-temps trop restreint.

Retour sur deux situations qui perdent à être interprétées trop hâtivement :
Si un tel croise les bras, ce qui peut signifier qu’il est stressé, a peur de la relation, un autre agite les pieds sous la table pendant la réunion, semblant indiquer une personne nerveuse.
Pour le premier, son attitude lui permet en réalité de se fermer à ce qu’il vient de vivre précédemment, dont son interlocuteur ne sait rien. Ainsi, juste avant d’arriver à son travail, il est contrarié par un proche, une situation personnelle conflictuelle non liquidée… Il faut du temps parfois pour évacuer des tensions d’un lieu à l’autre. Ce qui se traduit ici par cette attitude : l’individu croise les bras avec un air fermé, fermé à ce qui s’est passé précédemment et pas encore dans une posture d’ouverture face à la nouvelle situation avec ce nouvel interlocuteur.
Le second exemple, proposait de se pencher sur l’image de la personne frappant énergiquement ses chaussures contre le pied de la table : plus que de la nervosité, cette attitude peut être à relier simplement à la double contrainte du soignant, pris entre son engagement à participer à cette réunion (de bon gré ou pas) et le fait de laisser son service en sous- effectif. Son battement de pieds vient juste indiquer sa difficulté à rester assis, à écouter l’ordre du jour, alors que sa présence, selon lui, serait plus utile dans le service. Son agacement n’est pas lié à la réunion ni orienté contre celui qui l’anime. Pourtant, ce dernier, dans un mouvement trop rapide d’interprétation, pourrait le penser !

Alors, évidemment les paroles, les gestes, les attitudes même vestimentaires nous livrent des informations sur l’autre. Mais la communication non verbale, involontaire est trop partielle pour ne pas être partiale et il est bien dangereux d’en tirer des affirmations définitives. Le message quel qu’il soit n’a de sens que s’il est pris dans sa globalité : le ton, le regard, les gestes, le surmenage…

Parfois, pour lever ces ambiguïtés, il convient simplement de nommer avec des mots très simples (« je vous sens agacé »), en utilisant surtout le pronom « Je », ce qui n’engage que celui qui l’exprime, afin de nommer l’émotion, la tension dont on pense qu’elle empêche une communication verbale harmonieuse. Cela s’apprend, s’éprouve et s’expérimente dans notre quotidien professionnel de respect mutuel !