La communication non verbale soignants soignés #1

Le domaine de la santé (avec notamment les maladies qui se chronicisent) ainsi que la place des patients dans le champ médical vivent de véritables bouleversements. Les soignés sont pensés par le corps médical comme beaucoup plus autonomes et responsables face à leur pathologie qu’auparavant. Ces évolutions modélisent ainsi peu à peu un nouveau système soignant-soigné où chacun est acteur tant il est demandé aux deux d’être participatifs, à leur mesure.

En effet, l’ensemble des études récentes tende à prouver que l’adhésion du soigné permet l’amélioration du suivi, une meilleure prise du traitement et la diminution de l’anxiété. Ces trois éléments jouent un rôle primordial pour le soigné et donc dans son rétablissement en  l’inscrivant dans un cercle vertueux où le patient devient, non plus objet, mais bien sujet et acteur de cette relation thérapeutique
Ainsi, c’est une relation qui se joue à deux, créant un nouveau champ lexical avec des expressions comme « relation thérapeutique », « d’alliance thérapeutique » afin d’insister et d’illustrer une collaboration impliquant une réciprocité soignant-soigné. Celle-ci permet notamment de dépasser les résistances thérapeutiques et d’aller vers une prise en charge faisant hypothèse que le soigné en devient le partenaire.

Concrètement, cette évolution dans la prise en charge s’appuie sur une meilleure communication où le soignant permet au soigné d’avoir une véritable place dans la stratégie thérapeutique. Ce dernier prenant ainsi part aux décisions et soins médicaux en partie grâce à une individualisation de la relation thérapeutique. Pour le soignant, cela signifie qu’il doit ajuster sa communication à chaque patient. Cette implication et cette individualisation du discours aident  le soigné à s’exprimer plus facilement, à gérer son émotion et ainsi le rend plus apte à prendre part au dialogue. Dans ce cas, les décisions sont alors collégialement prises par le patient et son soignant.

C’est dans cette perspective que la communication non verbale est garante de l’adhésion recherchée par le soignant. Ce sont dans ces moments de communication où le soignant sensibilisé à la dimension non verbale anticipera et repérera ces moments de discordance entre les deux modes de communication évoqués dans les articles précédents. Ces fameuses situations où les signaux non verbaux  viennent contredire une parole d’adhésion.

Une des situations les plus éclairantes de cette discordance s’illustre lors d’un échange assez classique entre un soignant qui explique au patient sa pathologie ou son traitement, le premier étant très à l’aise dans cet exercice. Le patient pris émotionnellement par ce qui lui arrive n’a pas forcément toute la disponibilité psychique et les connaissances médicales pour comprendre et absorber l’ensemble des informations. En général, le soignant termine l’entretien par « Avez-vous des questions ? Tout est clair ? On peut y aller ? », alors que le patient n’a intégré que la première partie des informations et explications tant la charge émotionnelle prend le pas sur le reste !
Or ce dernier n’ose pas poser de questions tellement il doute de comprendre la réponse. Les mécanismes de protection émotionnelle qui l’assaillent, l’empêchent même d’avouer qu’il n’a pas tout compris du discours du soignant ! La seule réponse sera alors un silence gêné. Éventuellement une parole rapide, décalée par rapport aux enjeux de la situation ne permettant pas l’alliance thérapeutique.
Ici, c’est bien l’observation de l’attitude non verbale du patient qui permet au soignant de saisir la difficulté dans laquelle se trouve ce premier. C’est grâce à elle qu’il sera en capacité de lui proposer une parole de soutien en lien avec ce qu’il a perçu de l’émotion du patient exprimée dans le registre du non verbal.

Étude d’un autre cas typique, celui du soignant entrant dans la chambre d’un malade en annonçant un soin : il ne le regarde pas, investit la chambre,  prépare son soin mais ne perçoit pas le mouvement de recul du soigné. La suite très probable de cette séquence sera : le patient subira les soins, s’inscrivant dans une relation de soumission et d’évitement, voire d’agressivité. Ce ressentiment restera incompris par le soignant alors qu’une attention portée à la communication non-verbale lui aurait donné les clefs pour percevoir les réticences du patient. Bien souvent une parole bienveillante permet de lever ce type d’appréhension laissant place à une relation thérapeutique aboutie.

Charlotte Delmouly