Quid de la communication non verbale entre soignants #2

Dans l’ordinaire du quotidien, les soignants, en équipe, se rencontrent, se parlent échangent leurs interrogations, se font des transmissions sur les patients. « Nous devons travailler ensemble, nous n’avons pas le choix, c’est comme cela, les soignants doivent travailler en équipe ! » affirme une infirmière lors d’un groupe de parole. Cette injonction d’avoir des relations en équipe est garante d’une prise en charge réussie des patients. Mais parfois, nous observons des soignants qui se taisent, le non verbal prend le dessus économisant la moindre parole qui pourrait blesser l’autre ou faire embraser un conflit larvé. Les portes se ferment plus brutalement, les transmissions ne sont plus qu’écrites parce qu’il faut de la traçabilité. La prédominance du non verbal signe une régression, un agir des soignants qui ne peuvent plus exister ensemble et qui souffrent de ce mal de communication puisqu’encore une fois l’être n’est fait que de besoin de relations interpersonnelles.

De la même manière, le soignant est régulièrement confronté à la souffrance, à l’impuissance de situations professionnelles au sein d’une équipe où chaque soignant ne vit pas de la même manière cette impossibilité à soigner, à guérir. La manière de réagir à ces situations, pour lesquelles parfois il n’y a rien « à dire », il y a juste « à être » devenant une présence bienveillante à l’autre afin d’accompagner pour permettre l’acceptation de ces situations insupportables. C’est dans ces moments que la communication non verbale prend aussi son sens par un silence soutenant, un regard compatissant indiquant par là un partage de ce que l’autre vit, une possibilité dans le non verbal de signifier que l’on accueille la réaction de son collègue : on ne la fuit pas, on ne s’en détourne pas, on ne s’en lave pas les mains mais simplement on soutient en contenant l’émotion de l’autre éventuellement en agissant par un geste sur l’épaule, une caresse dans le dos.

Et puis enfin et surtout, il existe beaucoup de situations où la communication non verbale est le témoin d’une relation professionnelle harmonieuse : les soignants ont moins besoin de se parler. Un regard suffit dans une situation délicate, ils se comprennent, chacun sait ce qu’il a à faire : l’un par un coup de tête indique à l’autre de prendre le relais ou de se retirer, l’autre encourage son collègue par une main sur l’épaule face à une situation compliquée avec patient, signifiant par ce geste plus que par des mots il est avec lui dans cette difficulté.