Quid de la communication non verbale entre soignants #1

« Quand j’arrive dans une nouvelle équipe lors des transmissions, je m’astreins à ne pas poser de questions aux soignants, je m’oblige à ne pas interrompre l’échange d’informations afin de laisser l’équipe faire leur relève », témoigne un soignant lors d’un groupe de parole.
Les premiers moments d’un soignant dans un service, là où la relation s’initie, semblent un bon laboratoire pour étudier les étapes de la construction de cette relation, la communication non verbale en étant la pierre angulaire. Nous repérerons la communication comme le support d’un processus dynamique de création qui se perçoit lors des premiers moments d’une rencontre avec tous les enjeux de la dimension non verbale évoqués dans les écrits précédents.

Le témoignage de ce soignant est une illustration de la communication non verbale. Cette dernière est le support du verbal, qui par l’observation, l’écoute et la prise en compte du contexte permet la relation entre soignants en construisant une meilleure compréhension et prise en charge du patient. Plus précisément, il est intéressant d’identifier comment la compréhension et la prise en compte de la communication non verbale aide à la construction de la relation entre deux soignants même lorsque celle-ci s’engage dans des conditions difficiles.

Ainsi, un nouveau soignant arrive, il doit trouver sa place, se positionner dans une équipe déjà formée, avec une histoire. C’est un moment privilégié  : personne ne se connaît encore mais d’ores et déjà on peut observer des visages fermés, tendus, tournés vers l’extérieur, des yeux qui ne soutiennent pas le regard du nouvel arrivant ; ou tout l’inverse : des postures, des gestuelles dans l’ouverture, invitant et concrètement proposant au nouvel arrivant d’entrer, de trouver une place dans l’espace de la pièce dans un mouvement dynamique d’accueil.

Lors de l’arrivée d’un nouveau soignant, inconnu des équipes donc, il est très intéressant de repérer les premiers instants, la manière dont il est abordé indique que c’est le contexte qui prend le pas. Cet accueil, facilité par le non verbal ou pas, n’est pas une question de personnes mais un moyen d’exprimer une difficulté d’entrer en relation avec quelqu’un d’extérieur qui pour l’instant reste une personne inconnue, mais sur lequel sera projeté des difficultés, une incapacité à l’ouverture ou pas. Et c’est bien la formation de ce soignant à la communication non verbale et la prise en compte du contexte qui lui permettra de comprendre cette situation comme l’expression d’une dynamique qui lui est étrangère plutôt que l’interpréter comme un refus de sa présence et donc l’envisager personnellement. C’est grâce à la prise en compte et la compréhension du non verbal qu’il pourra délicatement observer et adapter son mode verbal. Ce faisant, le nouvel arrivant permettra progressivement le rapprochement avec les autres soignants. A contrario, il peut également être contaminé et agira alors de façon belliqueuse à ce non-accueil vécu douloureusement. Il peut aussi tout simplement se refermer dans un silence de colère qu’il ne manquera pas de faire éclater un peu plus tard tant il n’aura pas apprécié cette froideur. Plus encore, ce nouveau soignant a une part active dans son intégration par une prise en compte de ces signaux non verbaux non conscientisés c’est-à-dire qu’il peut agir l’hostilité, à ses dépends, ou la prendre en compte, l’absorber et décaler cette première approche : délicatement, il reste en retrait afin d’observer et prendre de la distance en reprenant le contexte ou essaye d’interroger en formalisant la gêne : « peut-être que je dérange ? Je peux revenir dans un moment ? ». Il verbalise ainsi une situation inconfortable pour tout le monde sans malmener et sans prendre la situation sur un plan personnel.

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