Et si nous parlions de la communication non verbale ? #2

Découvrez le nouvel article de Charlotte Delmouly, psychologue clinicienne, sur la communication non verbale.
« Parfois, avec ma collègue, nous n’avons pas besoin de nous parler, nous nous comprenons en nous regardant ! ».
Ce témoignage d’une intérimaire, lors d’un groupe de parole, illustre parfaitement le « mettre en commun », le mettre en relation dont nous avons parlé dans le précédent texte introduisant la communication non verbale !
Cela éclaire encore mieux la proportion du non verbal (90%) dans l’étude de la communication.

Si le code du non-verbal est en général plus spontané, il est parallèlement considéré comme le moyen le plus élaboré et le plus évolué par lequel les personnes entrent en relation réciproque (ou pas). Pourtant, bien que capital, il n’est pas suffisamment pris en compte au regard de son importance et de sa spontanéité (les deux étant liés) alors qu’il est facilement perceptible pour celui qui est formé et qui sait voir et entendre. Ainsi, on ne dira jamais assez que bien communiquer réside dans la capacité d’observer et d’écouter.
Communiquer c’est insister aussi sur l’intention de la personne à rentrer en relation avec son interlocuteur, de l’écouter, de l’entendre….
Nous percevons bien là le sens pour des soignants de se former à la communication et encore plus pour des soignants intérimaires dont on peut questionner (voire mettre en cause) la méconnaissance initiale du lieu dans lequel ils vont intervenir. Une intérimaire expliquait que lorsqu’elle débutait une mission elle commençait par observer et écouter, dans une attitude active de retrait, saisissant peu à peu le contexte de l’établissement et du service dans lequel elle est positionnée.

Plus concrètement la communication non verbale utilise une multitude de canaux dont schématiquement nous pourrions distinguer l’organisation de l’espace, les attitudes corporelles et les silences.

L’organisation de l’espace concerne la place que prend la personne dans une pièce pour être à son aise, la manière d’entrer dans celle-ci, de se mettre en retrait par rapport aux personnes présentes, de se positionner plus ou moins à distance de ses interlocuteurs, d’évoluer au fil de l’échange avec l’interlocuteur dans cet espace. Ainsi, une personne qui veut terminer un échange aura tendance à s’éloigner de son interlocuteur…

Les attitudes corporelles, très nombreuses, concernent toutes les parties du corps, à commencer par le regard plus ou moins fuyant, intéressé, hostile ou souriant… Les traits du visage détendus ou pas, le haut du corps plus ou moins engagé, les bras serrés le long du corps, repliés devant soi ou dans une ouverture, les mains ouvertes, serrées… Le bas du corps. La tension corporelle se manifestant par des membres en perpétuel mouvement (type battement de pieds), gestes multiples des bras vers le visage…

Les silences font partie intégrante de la communication, il en existe plusieurs types :

  • Les silences de respect et d’écoute de l’autre
  • Les silences de colère d’une personne qui préfère se taire plutôt que de laisser exploser son courroux.
  • Les silences d’indifférence qui expriment un désintéressement voire un mépris pour la personne qui ne souhaite pas rentrer en communication.
  • Les silences signifiant une attitude de doute, d’incompréhension ou même de scepticisme à l’égard de l’autre.

Il existe beaucoup d’écrits reprenant en détails tous ce qui précède expliquant par exemple qu’une personne qui ne vous regarde pas dans les yeux ne veut pas communiquer, des bras croisés symbolisant quelqu’un dans le contrôle de la situation, des cheveux qui cachent le visage comme pour ne pas se dévoiler… et il est vrai que certaines attitudes seraient facilement repérables et sujets à des interprétations parfois un peu hâtives réduisant la réflexion et par la même la communication.

Finalement ce qui semble intéressant dans cette réflexion sur la communication non verbale serait de repérer les moments où justement le non verbal ne sert pas la communication verbale où il y a discordance entre la parole et la gestuelle. C’est ce que nous vous proposons d’aborder dans le prochain article.

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