Et si nous parlions de la communication non verbale ? #1

Nous vous avons concocté une surprise en conviant sur le blog une invitée de choix pour une nouvelle série d’articles dédiés à la communication non verbale : Charlotte Delmouly.
Charlotte est psychologue clinicienne et psychologue clinicienne formatrice chez Adecco Médical. Elle a déjà écrit pour de nombreuses revues à l’instar de l’EJE journal, Le journal des professionnels de l’enfance et Psycho Média.
Voici donc le premier opus de cette toute nouvelle série d’articles.

La communication est essentielle à l’humain, l’Homme étant par essence un être de relations. Sur un plan étymologique, la communication, du latin « communicare » veut dire « mettre en commun ».

Pour entrer en relation et donc communiquer au sens large du terme, nous pensons utiliser principalement le langage oral. D’ailleurs, grande est la tentation de réduire la communication à de simples paroles échangées entre deux individus, entretenant l’illusion que la parole énoncée a été entendue et comprise, et donc le message passé.
Or la communication est un système complexe entre deux individus qui entrent en interaction avec des processus cognitifs, affectifs et inconscients qu’il est nécessaire de prendre en compte. Argument supplémentaire s’il en est, des chercheurs américains ont montré que le taux de déperdition d’une communication verbale peut atteindre 90%, le récepteur ne percevant alors plus que 10% du message initial, prouvant ainsi que la communication est à 90% non verbale !

Il existe beaucoup d’exemples où la communication non verbale prend le pas sur le verbal sans forcément que l’interlocuteur (ou même parfois les deux protagonistes) aient conscience de ce qui s’est joué. Prenons pour exemple une situation professionnelle concrète : le premier jour de mission d’un soignant intérimaire dans un nouvel établissement. Ce dernier arrive dans le box des infirmières, il se présente et questionne l’une d’elles sur l’organisation de la journée. L’infirmière du service présente est assise devant son écran d’ordinateur. Elle rentre des données, elle ne se lève pas, regarde l’intérimaire juste le temps de lui indiquer que dans le placard de droite il pourra trouver un document qui lui permettra de savoir ce qu’il a à faire pour la journée, puis elle se remet devant son ordinateur et continue sa tâche.
Bien évidemment, l’exemple est grossier ! Et dans tous les sens du terme !

Cependant, c’est toujours en prenant des cas qui justement grossissent le trait que nous pourrons peu à peu affiner le propos en initiant et approfondissant la réflexion. Dans cette situation – et certains intérimaires vous diraient en groupe de parole* qu’ils ont été accueillis de cette manière, où du moins qu’ils l’ont vécu ainsi – c’est bien la communication non verbale qui a pris le pas sur le verbal. Non seulement la gestuelle et le comportement de l’infirmière questionnée n’ont pas permis une communication verbale mais la soignante a rompu toute possibilité d’échange par son attitude de retrait physique, regard et corps tourné ailleurs. L’intérimaire reste sur sa demande, avec très probablement un sentiment d’agacement voir de colère à l’égard du soignant, surtout s’il a subi la communication de l’infirmière sans resituer l’ensemble de l’échange dans un contexte professionnel distancié.

Ainsi, comprendre les enjeux de la communication non verbale c’est permettre d’avoir une communication globale plus efficace. C’est tenter de ne plus subir ce type de situation en étant davantage sensibilisé au non verbal. C’est aussi permettre de relancer l’échange malgré ce que l’interlocuteur vous dit par sa gestuelle. C’est donc davantage observer, écouter et prendre en compte la communication globale de l’Autre !

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 * Les groupes de paroles sont des espaces proposés par Adecco Médical, parfois à l’initiative des intérimaires, où les soignants abordent leurs pratiques professionnelles sous le regard de leurs pairs et d’une psychologue clinicienne.